Actions en faveur des forêts de montagne
Les forêts de montagne de Haute-Garonne, une richesse à préserver
La zone du front pyrénéen de Haute-Garonne se caractérise par des reliefs abrupts et accidentés, avec un taux de boisement de 35,1%. Les formations boisées de production relèvent à 82,2% du régime forestier. En raison de l'altitude, on ne trouve dans ces régions quasiment que des hêtraies, des hêtraies-sapinières et des sapinières.
Ces forêts sont un lieu de prédilection pour le développement de la faune sauvage et en particulier pour les cervidés, mais aussi bon nombre d'espèces emblématiques des Pyrénées comme l'ours ou le grand-tétras, actuellement en fort déclin[1], ou encore d'importantes zones de nidification des rapaces.
Faire respecter la loi pour protéger le milieu forestier
Depuis les années 1960, la construction d'un réseau de voirie de plus en plus dense sur ces massifs, avec près de 3 300 km de voirie forestière, a favorisé une fréquentation de plus en plus forte des activités de loisir motorisées dans le massif pyrénéen. Au-delà des dégradations du milieu et des habitats de la faune sauvage, on constate des destructions d'équipements, dont le montant en forêt communale et domaniale dépasse 15 000 € par an sur les voiries de Haute-Garonne.
Dans ce contexte, Nature Comminges a monté, en 1991, un observatoire de la fréquentation motorisée pour étudier l'application de la loi 91-2 du 3 janvier 1991 relative à la circulation des véhicules terrestres dans les espaces naturels et informer les gestionnaires.
L'observatoire consiste à remonter à pied ou à observer régulièrement l'état de la signalétique, des dispositifs de réglementation, à des périodes charnières de l'année : avant le début de la saison touristique, avant le début de la saison de chasse, de cueillette, durant la saison hivernale.
L'observation d'un échantillon de 36 accès situés sur la zone de montagne du département nous a permis de dresser plusieurs types de constats entre 2002 et 2010 :
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30% des accès n'ont aucun dispositif de barrière.
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Seuls 19% des accès présentent un dispositif en parfait état et fermé ; les autres dispositifs sont absents ou hors d'usage.
Les constats de véhicules en infraction ont représenté 41 sorties sur 332 sur toute la période. Cette situation est préoccupante, d'autant plus qu'elle implique essentiellement des locaux : chasseurs circulant sans autorisation sur les routes et les pistes, habitants des vallées circulant en véhicules légers (motos de trial, quads) et 3 cas de circulation en motoneige. Plus de la moitié des constats d'infraction impliquent des quads, dont le marché est actuellement en pleine expansion.
Les faits les plus graves ont suscité des actions de communication mais aussi des plaintes avec constitution de partie civile, qui ont eu un rôle dissuasif, puisqu'à l'issue d'actions en justice ou de prévention menées en collaboration avec des agents de l'ONF, la fréquentation a été stoppée, au moins momentanément. Le remplacement de barrières ou de dispositifs dégradés reste un travail de longue haleine.
Observatoire des Loisirs motorises 2003-2005
Observatoire des loisirs motorises 2005-2008
Mieux connaître les richesses naturelles pour prévenir les impacts des aménagements en forêt
Parallèlement à ce travail, l'association Nature Comminges réalise sur le terrain un travail de connaissance et d'alerte. Ainsi, plus de 1 069 données d'espèces de flore vasculaire, d'invertébrés, de données de localisation de la faune, ont été collectées ; elles ont permis de prévenir l'impact d'aménagements sylvo-pastoraux, lors de la participation à des schémas de dessertes. Ce dialogue a fonctionné, puisque deux importants projets de desserte sur des massifs non équipés ont été abandonnés au début des années 2000.
Les dommages les plus préoccupants aux forêts de montagne ont concerné des équipements sylvo-pastoraux financés sur le Plan de Développement de l'économie de montagne, sans étude d'impact préalable sur le grand-tétras, avec une forte montée en puissance des accès touristiques qui viennent s'ajouter aux projets d'aménagements ou de restructuration des domaines skiables en forêt.
La mobilisation des adhérents de Nature Comminges auprès des services de l'État a toutefois permis d'obtenir des garanties, ou suspendre les travaux les plus perturbants, comme dans le cas de la route rive droite de l'Hospice de France où notre intervention a permis de suspendre les travaux en attendant la réalisation d'une étude d'impact.
Cette mobilisation a permis de relancer une discussion avec l'ONF, les communes et les services de l'Etat, en faveur d'une gestion plus globale des milieux forestiers naturels montagnards, qui était au point mort depuis la suspension par l'Etat du « comité technique ours » en 2005.
Dans ce contexte, nous élargissons notre observatoire de la voirie aux projets de coupes forestières et aux travaux sylvo-pastoraux. Au cours de l'année 2010, nous avons ainsi réalisé une compilation de 62 plans d'aménagements forestiers concernant la zone du grand-tétras de Haute-Garonne, afin de disposer de toutes les informations concernant les opérations sylvicoles prévues pour les prochaines décennies. Ces éléments sont actuellement croisés avec les données naturalistes dont nous disposons, afin de mieux prévenir leur impact éventuel.
Ce travail nous a permis de faire des propositions concernant la préservation de plusieurs secteurs du massif de Paloumère sur le front pyrénéen, qui fait l'objet de l'élaboration d'un schéma de desserte. Parallèlement, un contact annuel a été convenu avec la Direction Départementale des Territoires pour faire le point sur les équipements sylvo-pastoraux, en amont de toute réalisation. Ces éléments permettront également de compléter nos interventions pédagogiques (exposition et plaquettes) auprès des communes, des scolaires et du grand public sur la faune, la flore et les habitats forestiers montagnards.
[1]Un suivi des populations effectué en Haute-Garonne par l'Observatoire des Galliformes de montagne note sa régression surtout dans le piémont. L'effectif maximum enregistré par l'Observatoire des Galliformes de Montagne sur un échantillon de 20 places de chant du département entre 1979 et 2004 a été de 131 mâles chanteurs. L'effectif cumulé enregistré sur ces mêmes places au plus près de l'année 1990 a été de 90 coqs, contre 44 seulement durant les comptages les plus récents (2003 et 2004). Sur ces échantillons, la perte des effectifs de coqs chanteurs est donc de l'ordre de 50% entre 1990 et actuellement.