Patrimoine naturel
Les caractéristiques du Comminges (par Germain DODOS)
Géologie
Les altitudes variables de 300.m au nord à 3.222.m (au pic Perdighero) au sud permettent de distinguer dans le Comminges plusieurs unités géologiques.
Au nord, les coteaux de Gascogne sont formés essentiellement de molasses et d'alluvions anciennes. Ces dépôts, d'origine continentale, résultent de l'érosion des Pyrénées, après leur surrection totale (émersion à l'éocène final 35 Millions d'années).
Les molasses sont des dépôts argilo-calcaires et les alluvions anciennes correspondent aux argiles à galets issus du grand cône de déjection du plateau de Lannemezan.
Puis vient la zone des Petites Pyrénées, s'étirant d'ouest en est, du sud de Boulogne-sur-Gesse aux confins du département de l'Ariège.
Ce sont des dépôts marins antérieurs à la surrection totale des Pyrénées, d'âge crétacé supérieur à éocène (65 à 40 millions d'années), prenant un aspect de plus en plus continental en allant vers l'Est (proximité d'une côte et de deltas alluviaux). C'est dans ces formations qu'ont été piégés les microorganismes à l'origine de la genèse du gisement de gaz naturel de Saint-Marcet.
La plaine alluviale de la Garonne délimite, en gros, cette unité au sud et l'entaille en se dirigeant vers le nord au niveau de la cluse de Boussens. Au fil du temps, elle a creusé son lit au point que ses alluvions les plus anciennes, un à deux millions d'années, dites de la haute terrasse peuvent se trouver 100 m au dessus de son cours actuel.
Plus au sud, commencent le Piémont et la montagne calcaire d'âge secondaire (200 à 65 millions d'années), qui résultent de dépôts sédimentaires
Alternant entre les marnes tendres et fissiles et des calcaires durs de type Urgonien, ces coteaux du piémont sont constitués par des terrains d'âge Aptien.
Leurs formations ont pour origine une période de sédimentation marine plus ou moins profonde, entrecoupée d'épanchements magmatiques sous-marins. Ces accumulations de sédiments (matières organiques provenant de la mort d'organismes vivants) ont des épaisseurs et des rythmes différents.
Les calcaires pyrénéens se forment pendant trois périodes de l'ère secondaire : l'Ophite s'est déposée au Trias et au Jurassique, la Lherzolite au Crétacé moyen. A cette époque, La poussée entre l'Espagne et la France est à l'origine de la formation des Pyrénées. Les mouvements de friction entre la plaque ibérique et eurasiatique permettent la formation des montagnes. Les calcaires se plissent, se soulèvent, et ces plissements cassent parfois.
Ces formations calcaires de plusieurs milliers de mètres d'épaisseur ont été profondément faillées lors de la lente élaboration de la surrection pyrénéenne (phase initiale Crétacé supérieure, finale Eocène). Ces failles ont favorisé la formation de nombreux gouffres de la zone calcaire dont le Réseau Trombe au dessus d'Arbas (plus de 100 km de galeries interconnectées et plus de 1000 m de dénivelé).
La grande faille nord-pyrénéenne, orientée ouest est, sépare ensuite le domaine calcaire du massif primaire de la haute chaîne, au niveau de la Barousse en passant par la montagne de Rié (prés de Saint-Béat_Marignac), le Mourtis_Couledoux_Melles.
A partir de cette grande faille, une multitude de failles profondes y prennent naissances, en gros perpendiculairement (orientées sud nord). Leurs influences se fait sentir jusqu'aux Petites Pyrénées. Certaines sont le siège de remontées hydrothermales (eaux très profondes, sous pression, minéralisées), qui ont permis l'installation de griffons ou d'établissements thermaux (Boussan, prés d'Aurignac, source Pyrène à Castagnède, Ganties, Encausse, Barbazan, Labarthe-de-Rivière).
Plus au sud, le domaine de la haute chaîne primaire cours jusqu'à la frontière et comprend des schistes plus ou moins métamorphisés (roches gris-noir peu dures, feuilletée sans cristaux à l'exception de paillettes brillantes de mica), micaschistes (roches rendues brillantes par la présence de nombreuses paillettes de mica), gneiss (roche cristalline formée des mêmes éléments que le granite), voire des roches très métamorphisées (granites). Ces roches comprennent souvent des remontées minérales qui ont été exploitées de tout temps, artisanalement voire industriellement au début du 20e siècle (mines de Pale de Rase, Pale Bidau à Melles, Rimbatz à Argut-Dessus, etc., pour les sulfures de zinc et de plomb).
Ce métamorphisme et ces minéralisations ont été générées par un plissement antérieur ayant eu lieu à l'aire primaire, toujours du au choc des plaques continentales, mais décalé un peu plus au sud et ayant donné naissance à une chaîne de montagnes dites du massif de l'Ebre.
Lors de la genèse des Pyrénées, tout a rejoué, entraînant un métamorphisme de contact entre le calcaire et la roche primaire. En résulte la formation du marbre de Saint-Béat, et le percement ponctuel de la couche sédimentaire secondaire par le massif ancien de Milhas et les sources Hydrothermales sulfurées de Luchon.
Climat
Le Comminges se trouve à la jonction de trois domaines climatiques, montagnard, atlantique et méditerranéen. Suivant la géologie du sol et l'exposition, peuvent s'exprimer des flores différentes. On peut retrouver des espèces montagnardes à 300 m d'altitude en plaine et versant nord, ou des espèces subméditerranéennes en montagne et versant sud (jusqu'à 700 m d'altitude).
L'influence atlantique (climat humide et tempéré) peut s'exprimer jusqu'à sa limite est, se situant vers Saint-Gaudens, au niveau de la Flore.
Plus on se rapproche de la montagne, plus les précipitations augmentent. Ainsi passe-t-on de 650 mm annuel en Bas Comminges (Isle-en-Dodon et le Fousseret), à 1500 mm sur le Luchonnais et les crêtes frontalières.
Hydrologie
En Comminges nous pouvons distinguer plusieurs unités hydrologiques :
1 - Les rivières issues du plateau de Lannemezan (Louge, Noue, Save, Gesse, Gimone) rejoignant la Garonne sur sa rive gauche de Mancioux jusqu'en aval de Toulouse. Celles-ci ont un étiage sévère en été et sont réalimentées par le canal de la Neste (débit moyen 10m3/s).
Ces rivières entaillent la molasse et les alluvions anciennes issues du plateau de Lannemezan. Cela crée des vallées dissymétriques escarpées en rives droite (dans la molasse appelée localement terrefort), et à pentes plus douce en rive gauche, dans les argiles à galets (boulbène). Seules la Seygouade et la Save entaillent les petites Pyrénées en créant de petites gorges sur quelques kilomètres.
2 - La Garonne montagnarde et ses affluents (Neste, Pique, Ger, Salat) courant de l'Espagne jusqu'à la confluence avec le Salat (débit moyen à Saint-Gaudens 60m3/s). Cette Garonne torrentielle comporte, vu le profil de pente, de nombreuses usines hydroélectriques. Le canal de Saint-Martory s'y greffe pour l'alimentation en eau du sud-ouest toulousain (débit moyen 10m3/s
3 - La Garonne moyenne, qui passée la cluse de Boussens (entaille dans les Petites Pyrénées), élargie sa plaine alluviale, puis attaque les coteaux molassiques donnant en rive droite une ligne de falaises abruptes (Rieux Volvestre_Carbonne).
Histoire
Le Comminges a été occupé par l'Homme depuis des temps immémoriaux. Les prénéanderthaliens, il y a 200 milles ans, le parcouraient. L'Homme de Néanderthal lui succéda jusqu'à notre arrivée. L'Homme moderne (Homo sapiens sapiens), vers 35000 ans avant JC. Issu du proche orient, à la faveur de conditions climatiques favoirables, il colonisa l'Europe de l'ouest par la côte méditerranéenne et la vallée du Danube.
Il y a 20000 ans, la glaciation wûrmienne, transforme le paysage en steppe sibérienne et les hommes chassèrent rennes, bisons, nomadisant de campements en campements et s'installant plus ou moins provisoirement dans des grottes, havre de chaleur tout relatif. C'est la période magdalénienne, dite aussi âge de renne.
Vers 10000 ans avant JC, un réchauffement climatique intervint, qui permit à l'Homme d'évoluer du chasseur-cueilleur à l'agriculteur-éleveur. La montagne inhospitalière, car recouverte de glaces, s'ouvrit alors aux hommes comme territoire de chasse et de pastoralisme. C'est le néolithique.
De petites communautés se forment, se pérennisant plus ou moins jusqu'à l'occupation romaine au premier siècle avant Jésus Christ. Les tribus présentent en Comminges se rattachent alors au vaste ensemble des Vascons (d'où les noms : Gascons et Basques), l'influence du basque atteignant dans la toponymie, les Pyrénées Centrales.
Puis Rome étant son empire et les armées dissidentes du pouvoir central, ayant combattues en Afrique et en Ibérie et soutenant le partie de Marius, se voient concéder après leur défaite face à Pompée le territoire du Comminges alors centré sur Saint-Bertrand-de-Comminges. Saint-Bertrand fut donc fondé au premier siècle avant J.C., par la démobilisation des armées de Sertorius, lieutenant de Marius et fut nommée Lugdunum convenarum. Ces troupes reconverties à la vie civile et ayant pour tache de valoriser ce territoire, étaient issues de communautés d'origines diverses, qui se fondront dans le moule du monde romain. De ce mot communautés sera dérivé le nom du Comminges, frange sud-est de la Vasconie d'alors.
Le Comminges dépendra alors pour partie de la province aquitaine, capitale Auch, et de la province Narbonnaise, englobant Toulouse et donc les limites se situaient vers Martres-Tolosane. Ces deux influences perdureront jusqu'au 5e siècle où les Wisigoths créeront un empire éphémère, qui durera un siècle, à cheval sur les Pyrénées et dont la capitale était Toulouse.
Au 7e siècle, les Arabes conquièrent l'Espagne, jusqu'aux portes des Pyrénées, puis remontent vers le Nord, où en 732, ils sont arrêtés à Poitiers par Charles Martel.
Les Asturies, la Navarre, l'Aragon non occupé et la Catalogne nouent des alliances avec les seigneurs occitans pour entamer la Reconquista et repousser les Maures en Afrique, ce qui ne sera effectif qu'au 15e siècle (chute de Grenade 1492).
En 932, Loup-Aznar, seigneur de Comminges, prête allégeance au roi de France Raoul. Mais de fait, l'éloignement du pouvoir central, fait que le Comté est autonome de la couronne et plus en rivalité territoriale avec les seigneuries avoisinantes (Toulouse, Armagnac, Foix_Béarn).
Son territoire fluctue au fil des siècle englobant suivant la période la vallée de la Barousse, la vallée d'Aure, le val d'Aran, le Couserans, le Pays de Massat, le Muretain, le Pays de Samatan.
La défaite des Cathares au 13e siècle (défaite du Comte de Toulouse face à Simon de Montfort, général de Philippe Auguste, à la bataille de Muret 1213); accentuera l'influence de la France du Nord sur l'occitanie.
En Comminges, Armagnac et Foix_Béarn se disputent l'influence sur le Comté.
Le mariage de Mathieu de Foix avec Marguerites de Comminges en 1419, amène après la mort de ceux-ci et, maintes contestations, l'entrée du comté de Comminges dans le royaume de France en 1454.
C'est aussi au 15e siècle que le Béarn et le comté de Foix intègrent le royaume de France après que Gaston III de Foix_Béarn, dit Gaston Phébus, légua ses biens à la couronne.
Le Val d'Aran est cédé à l'Espagne par Louis XIV, suite aux guerres, en 1654.
Jusqu'à la révolution Française, le Comminges_Couserans Pyrénéen, en marge du royaume de France, garde une relative indépendance et autonomie de ses vallées de montagne, la frontière n'existant pas de fait, au niveau des échanges avec la Catalogne et l'Aragon (traités des lies et des passeries du Plan d'Arem 1519).
Comminges et Couserans se dissocient au moment de la création des départements en 1790.
Patrimoine
Le patrimoine naturel du Comminges est très riche. La majorité de sa zone de montagne est classée Znieff (Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique). Ours et Grand-Tétras en sont les emblèmes symboliques.
Quant au patrimoine culturel, il remonte aux origines de la présence humaine sur ce pays (grottes ornées de Montespan et de Gargas, période Magdalénienne, 13000 ans avant J.C. et antérieurement, Abri d'Aurignac 28000 avant J.C. d'où vient le nom de la période dite Aurignacienne.).
Les Romains ont laissés aussi une forte empreinte (Saint-Bertrand de Comminges, Saint-Béat dont les marbres étaient exportés, Montmaurin et sa vaste villa domaine).
La christianisation amena la construction d'églises romanes dès le 11e siècle (Luchonnais) puis l'implantation d'Abbayes (Bonnefont 12e siècle), pour mettre en valeur les terres. Collégiale de Saint-Gaudens, Saint-Jean de Valcabrère et cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges se bâtirent du 11 au 13e siècle.
Des forteresses s'érigèrent pour surveiller les voies de passage (Château de Montespan, de Montpezat à Saint-Martory, de Roquefort du 13e au 15e siècles) dont ils subsistent que les ruines.
Des villes nouvelles ou bastides s'érigèrent au 13e siècle sur un plan géométrique et souvent dotées d'une halle centrale (Montréjeau, Boulogne-sur-Gesse).
Le développement du Thermalisme au 19e siècle amena la construction des Thermes à Luchon, Encausse, Barbazan, Salies-du-Salat, Ganties et Labarthe-de-Rivière.